Une alerte institutionnelle sans ambiguïté
Le Conseil économique, social et environnemental régional de La Réunion (CESER La Réunion) a tiré la sonnette d’alarme dans une note d’urgence adoptée à l’unanimité.
Son constat est clair : la trajectoire budgétaire 2026 met en difficulté l’ensemble de la chaîne de l’insertion professionnelle.
Deux dispositifs sont particulièrement touchés :
- Les Pactes régionaux d’investissement dans les compétences (PRIC), outil central de formation
- Les Parcours Emploi Compétences (PEC), principal levier d’accès à l’emploi aidé
Derrière les sigles, ce sont des milliers de parcours individuels qui se retrouvent fragilisés.
L’“effet ciseaux” : plus d’exigences, moins de moyens
Le cœur de l’alerte repose sur une contradiction structurelle.
D’un côté, la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi impose un accompagnement renforcé des allocataires du RSA et des publics éloignés du marché du travail. À La Réunion, ils sont plus de 90 000 concernés.
De l’autre, les budgets diminuent fortement.
Le CESER décrit un effet ciseaux :
- hausse des besoins sociaux et d’accompagnement
- baisse des moyens financiers et humains
Un déséquilibre qui met sous tension l’ensemble du système d’insertion.
Des indicateurs sociaux déjà très fragiles
La Réunion part d’une situation structurelle complexe :
- 26 % des jeunes de 15 à 29 ans sont NEET (ni emploi, ni études, ni formation)
- 17 % des adultes sont en situation d’illettrisme
- 24 % des moins de 65 ans rencontrent des difficultés importantes en calcul
- 22,3 % seulement des adultes sont diplômés du supérieur (contre 44 % dans l’Hexagone)
Ces chiffres montrent un point central : l’emploi dépend fortement de la formation de base et de l’accompagnement.
PRIC : une baisse de 10 millions d’euros à La Réunion
Le PRIC, financé par l’État, devait jouer un rôle clé dans la montée en compétence des publics.
Mais en 2026 :
- la dotation nationale chute fortement
- et La Réunion perd environ 10 millions d’euros
Au niveau national, la réduction globale est massive, même après ajustements.
Conséquence locale : moins de formations qualifiantes, moins de parcours d’insertion, et un ralentissement de la montée en compétences.
PEC : l’effondrement du premier marchepied vers l’emploi
Encore plus visible : la chute des contrats aidés PEC.
À La Réunion :
- 2024 : 12 000 contrats
- 2025 : 10 000 contrats
- 2026 : 4 000 contrats
En parallèle :
- durée réduite à 6 mois
- prise en charge de l’État réduite de 50 % à 40 %
Les collectivités et associations, très dépendantes de ces contrats, sont directement touchées.
Exemple concret :
- les emplois verts régionaux passent de 700 à 250 contrats
Un effet domino social redouté
Le CESER met en garde contre une mécanique en chaîne :
moins de PEC → moins d’activité →
moins de formation → moins d’insertion →
plus de précarité → tensions sociales accrues
Dans un territoire déjà marqué par des fragilités structurelles, cette dynamique pourrait accentuer les fractures sociales.
Une question centrale posée à l’État
Au-delà des chiffres, l’enjeu est politique et territorial.
Le CESER interroge directement la cohérence des politiques publiques :
👉 Peut-on exiger la convergence sociale et économique d’un territoire ultramarin tout en réduisant les outils qui permettent de l’atteindre ?
Cette tension entre objectifs nationaux et réalités locales est au cœur du débat.
Les pistes proposées : sécuriser dans le temps
Face à cette situation, deux leviers sont avancés :
1. La contractualisation pluriannuelle
Mettre en place une convention stable entre l’État et la Région pour sécuriser les financements jusqu’en 2027.
Objectif : éviter les ajustements budgétaires annuels qui fragilisent les dispositifs.
2. L’activation de la clause de revoyure
Le protocole PRIC prévoit une possibilité de réajustement.
Le CESER demande son activation immédiate pour adapter les moyens aux réalités réunionnaises.
Un enjeu social autant qu’économique
Derrière les budgets, c’est toute la logique d’insertion qui est en jeu :
- accès à la formation
- retour à l’emploi
- inclusion sociale
- prévention des ruptures de parcours
La question posée dépasse la technique budgétaire : elle touche à la stabilité sociale de l’île.
La situation décrite par le CESER agit comme un signal d’alerte : à La Réunion, les politiques d’emploi et de formation sont prises en étau entre ambition nationale et contraintes budgétaires.
Dans un territoire où chaque dispositif d’insertion compte, la réduction simultanée des PEC et des PRIC ne relève pas seulement d’un ajustement financier, mais d’un choix de modèle social.
L’année 2026 pourrait ainsi marquer un tournant dans la manière dont l’État et les collectivités conçoivent l’accompagnement vers l’emploi dans les Outre-mer.





















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