On parle souvent des forêts, des récifs ou des espèces endémiques. Beaucoup moins de ce qui se trouve sous nos pieds. Pourtant, sans des sols vivants, une grande partie de l’équilibre naturel et agricole de La Réunion serait impossible.
Lorsque l’on regarde un paysage réunionnais, on remarque d’abord les montagnes, les forêts, les champs ou les ravines.
Le sol, lui, passe presque inaperçu.
Pourtant, il constitue l’une des ressources les plus importantes de l’île.
Il permet aux plantes de pousser, retient une partie de l’eau, stocke de la matière organique et abrite une multitude d’organismes invisibles à nos yeux. Il joue également un rôle essentiel dans l’agriculture et dans la limitation de l’érosion.
À La Réunion, cette ressource est particulièrement fragile.
Un sol qui travaille en permanence
Un sol n’est pas simplement une couche de terre.
Sous sa surface vivent des organismes qui participent en permanence à son fonctionnement : bactéries, champignons, insectes, micro-organismes et vers de terre.
Ces derniers sont notamment connus pour leur rôle dans la fertilité des sols.
Une note nationale sur la biodiversité diffusée par la DAAF rappelle que les vers de terre contribuent notamment à la structure du sol, à l’infiltration et à la rétention de l’eau, au recyclage des nutriments et au développement des plantes.
Autrement dit, un sol vivant travaille sans que nous le voyions.
Il transforme la matière organique, crée des galeries, améliore la circulation de l’eau et contribue à rendre les terres plus favorables aux cultures.
Une poignée de terre peut donc abriter un véritable écosystème.
À La Réunion, l’érosion est une menace particulière
L’île possède un relief fortement marqué et connaît régulièrement des épisodes de pluies intenses.
Lorsque le sol est laissé à nu, l’eau peut rapidement emporter les particules superficielles.
La DAAF souligne que l’occupation du sol constitue un facteur majeur de l’érosion à La Réunion. La végétation joue notamment un rôle de protection : les feuilles ralentissent l’impact des gouttes de pluie, tandis que les racines contribuent à maintenir le sol et à favoriser l’infiltration.
C’est pourquoi une parcelle couverte de végétation ne joue pas le même rôle qu’un terrain laissé nu.
La différence peut devenir particulièrement importante lors des fortes pluies.
Une terre qui nourrit aussi l’île
Le sol est également au cœur de l’agriculture réunionnaise.
Canne à sucre, fruits, légumes, élevage… de nombreuses productions dépendent directement de la qualité des terres.
Mais cette ressource est limitée.
Selon les résultats du recensement agricole 2020, La Réunion comptait alors 6 250 exploitations agricoles valorisant environ 38 650 hectares. La surface agricole avait diminué de plus de 4 000 hectares depuis 2010.
La question du sol dépasse donc largement celle de l’environnement.
Elle concerne aussi l’alimentation, l’agriculture et l’aménagement du territoire.
Chaque hectare perdu ou dégradé pose une question supplémentaire : comment continuer à produire demain ?
Quand le sol disparaît sous le béton
Un sol peut également être fragilisé sans être directement détruit par l’érosion.
Lorsqu’un terrain est recouvert de béton, d’enrobé ou de certaines infrastructures, il perd une partie de ses fonctions naturelles.
L’eau ne peut plus s’y infiltrer de la même manière. Les organismes du sol disparaissent ou voient leur habitat profondément transformé.
La DAAF rappelait déjà que le sol est une ressource limitée et que les espaces naturels, forestiers et agricoles ne peuvent pas être considérés comme une réserve infinie de terrains à urbaniser.
La question est particulièrement importante sur une île où l’espace disponible est limité.
Chaque nouvelle surface artificialisée représente donc un choix d’aménagement, mais aussi la disparition de fonctions naturelles.
Les vers de terre, petits mais essentiels
Il suffit parfois de regarder de plus près pour comprendre ce qui se joue.
Prenons le cas du ver de terre.
Il peut sembler insignifiant. Pourtant, son activité participe à la création de galeries, au mélange de matières organiques et minérales et à la circulation de l’eau et de l’air dans le sol.
La DAAF rappelle également que les organismes du sol contribuent au recyclage des nutriments et à la résistance des écosystèmes.
Ce fonctionnement est particulièrement intéressant dans une agriculture confrontée à plusieurs défis : fertilité, eau, érosion, coûts des intrants et adaptation aux conditions climatiques.
Le sol n’est donc pas seulement le support sur lequel pousse une plante.
Il participe activement à sa croissance.
Peut-on réparer un sol dégradé ?
Oui, mais cela demande du temps.
En juin 2026, la DAAF a notamment participé à l’événement technique « Fertisol », organisé à Bois Court, à la Plaine des Cafres. Plusieurs ateliers étaient consacrés à l’analyse des sols, à la fertilisation, à la valorisation de la matière organique et à la gestion des effluents.
Ces démarches montrent que la qualité des sols devient un sujet de plus en plus concret pour l’agriculture.
L’objectif n’est pas simplement de produire davantage.
Il s’agit aussi de maintenir la capacité du sol à produire dans la durée.
Cela peut passer par une meilleure gestion de la matière organique, une couverture végétale adaptée, une limitation des pratiques qui dégradent la structure du sol ou encore une utilisation plus raisonnée des intrants.
Un patrimoine que l’on ne remarque presque jamais
Il existe une forme de paradoxe dans notre rapport au sol.
Nous sommes capables de remarquer immédiatement un arbre coupé, une rivière polluée ou une plage couverte de déchets.
Mais lorsque la vie disparaît progressivement sous nos pieds, le changement est beaucoup plus difficile à percevoir.
Pourtant, un sol dégradé peut mettre longtemps à retrouver ses fonctions.
Et lorsque le sol disparaît sous une surface artificialisée, il ne suffit pas toujours de retirer le béton pour retrouver instantanément l’écosystème qui existait auparavant.
C’est pourquoi la protection des sols est aussi une question de prévention.
Et si l’on regardait enfin sous nos pieds ?
À La Réunion, protéger l’environnement ne signifie pas seulement préserver ce que l’on voit.
Cela signifie aussi protéger ce que l’on ne voit pas.
Sous les forêts, les champs et les jardins, des millions d’organismes participent silencieusement au fonctionnement des écosystèmes. Ils contribuent à la fertilité, à l’infiltration de l’eau, au recyclage de la matière et à la résistance des sols.
Leur travail ne fait pas la une des journaux.
Pourtant, sans lui, les paysages que nous connaissons seraient profondément différents.
La prochaine fois que vous marcherez sur une parcelle de terre, souvenez-vous qu’elle n’est pas vide. Sous vos pieds, un monde entier travaille déjà.






















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