Sous la surface, un autre monde : la biodiversité marine de La Réunion en danger

4 min


0

Depuis la plage, l’océan Indien peut sembler immense, calme et presque indestructible. Pourtant, quelques mètres sous la surface se trouve un monde beaucoup plus fragile. Récifs coralliens, poissons, mollusques, crustacés et autres organismes marins forment un écosystème complexe dont l’équilibre est aujourd’hui fortement perturbé.

À La Réunion, l’année 2025 a rappelé brutalement cette fragilité. Les récifs coralliens de l’île ont subi un épisode de blanchissement particulièrement intense, considéré par l’Ifrecor comme le plus important jamais documenté à La Réunion. En août 2026, une nouvelle analyse a également montré que certains platiers avaient connu des dégradations dépassant 90 %.

Un océan qui se réchauffe

Le blanchissement corallien n’est pas une maladie au sens classique du terme. Il traduit un état de stress.

Lorsque la température de l’eau devient trop élevée, les coraux peuvent expulser les microalgues avec lesquelles ils vivent en symbiose. Ils perdent alors leur coloration et deviennent blancs. Le corail n’est pas forcément mort à ce stade, mais une exposition prolongée à des conditions défavorables peut entraîner sa disparition.

À La Réunion, l’épisode de 2025 a débuté fin janvier et atteint son paroxysme vers la fin du mois de mars. Les premiers résultats de l’étude menée sur les récifs indiquaient qu’environ 60 % du recouvrement corallien était touché par le blanchissement, tandis que la mortalité observée à ce stade était estimée à environ 3 %.

Le phénomène n’a pas touché tous les secteurs de la même manière. Les pentes externes étaient particulièrement affectées, avec environ 78 % du recouvrement corallien touché. À Grand-Bois et Grande-Anse, le chiffre atteignait environ 92 %.

Puis le cyclone Garance est arrivé

Alors que les coraux étaient déjà fragilisés, le cyclone Garance a frappé La Réunion le 28 février 2025.

Les fortes pluies ont entraîné d’importants volumes d’eau douce vers le littoral. Les ravines ont également transporté des terres, des sédiments, des déchets et différents polluants jusqu’aux récifs. Dans certains secteurs, les dépôts de terre et de vase ont atteint plusieurs dizaines de centimètres.

Cette succession d’événements est particulièrement problématique pour des coraux déjà soumis à un stress thermique.

En août 2026, l’Ifrecor a confirmé l’importance des dégâts observés sur certains récifs réunionnais. Le bilan souligne que plusieurs phénomènes exceptionnels se sont succédé en 2025 : blanchissement massif, coulées de boue liées à Garance et épisodes de marées basses exceptionnelles. Leur combinaison a entraîné une baisse importante de la couverture en coraux vivants sur certains secteurs.

Les coraux ne vivent pas seuls

Lorsqu’un récif se dégrade, ce n’est pas uniquement le corail qui est concerné.

Les récifs constituent des habitats pour de nombreuses espèces marines. Poissons, crustacés, mollusques et autres organismes utilisent leurs structures pour se nourrir, se reproduire ou se protéger.

La disparition progressive des coraux peut donc modifier l’ensemble de la communauté marine.

Les données régionales montrent d’ailleurs que la pression concerne plusieurs groupes. En 2025, la Région Réunion indiquait notamment que 36 espèces de poissons récifaux étaient considérées comme menacées et 23 comme quasi menacées. Elle signalait également que 15 % des espèces de coraux constructeurs de récifs étaient menacées ou quasi menacées.

Le problème ne vient pas uniquement du climat

Le réchauffement de l’océan constitue une pression majeure, mais il n’est pas la seule.

La qualité des eaux joue également un rôle important. Les eaux de ruissellement peuvent transporter vers le littoral des sédiments, des déchets et différents polluants. À La Réunion, les activités situées sur les bassins versants peuvent donc avoir des conséquences jusque dans le lagon.

La DEAL souligne d’ailleurs que la gestion des eaux pluviales doit permettre de limiter les sédiments, les pollutions et les impacts sur les écosystèmes situés en aval, notamment les lagons et les récifs côtiers.

À cela s’ajoutent les pressions liées aux activités humaines, à la pêche, aux usages du littoral et à la fréquentation des espaces marins.

Le récif est donc à la croisée de plusieurs problématiques : climat, qualité de l’eau, aménagement du territoire et activités humaines.

Un patrimoine qui protège aussi les côtes

Les récifs ne sont pas seulement beaux à observer.

Ils jouent également un rôle physique important pour le littoral. La barrière récifale contribue à atténuer l’énergie des vagues et participe ainsi à la protection de certaines zones côtières. Elle contribue également à la formation du sable corallien qui compose une partie des plages réunionnaises.

Autrement dit, protéger les récifs revient aussi à protéger une partie du littoral.

Peut-on encore inverser la tendance ?

La situation est préoccupante, mais un blanchissement ne signifie pas automatiquement la disparition définitive d’un récif.

Certains coraux peuvent récupérer lorsque les conditions environnementales redeviennent favorables. C’est précisément pourquoi les scientifiques suivent les récifs sur le long terme.

À La Réunion, la surveillance des récifs coralliens existe depuis plusieurs décennies. Des stations sentinelles permettent de suivre l’évolution des peuplements coralliens et des poissons et d’identifier les changements qui s’opèrent progressivement.

Ces données sont essentielles pour comprendre quels récifs résistent le mieux, quelles espèces semblent plus résilientes et quelles mesures de protection peuvent être renforcées.

Un monde invisible… mais indispensable

Depuis la surface, il est facile d’oublier ce qui se passe sous l’eau.

Pourtant, derrière une eau turquoise se trouve un écosystème vivant dont l’équilibre peut être bouleversé par quelques degrés supplémentaires, une coulée de boue ou une dégradation progressive de la qualité de l’eau.

La biodiversité marine de La Réunion n’est donc pas un décor.

Elle participe à l’identité de l’île, à la richesse de ses paysages et à la protection de son littoral.

Et lorsque les coraux blanchissent, ce n’est pas seulement leur couleur qui disparaît.

C’est tout un monde sous-marin qui nous rappelle à quel point la frontière entre la terre et la mer est fragile.


T’as aimé ? Partage avec tes potes !

0

Quelle est ta réaction ?

OMG OMG
0
OMG
NRV NRV
0
NRV
LOL LOL
0
LOL
COOL COOL
0
COOL
SNIF SNIF
0
SNIF

0 Comments

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Choose A Format
Article
Format du texte avec médias intégrés
List
Les listicles classiques d’Internet
Video
Intégrations YouTube et Vimeo
Audio
Intégrations SoundCloud ou Mixcloud