Lo’Jo aux Francofolies : la poésie nomade et l’Odyssée Réunionnaise

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Emmené par la voix posée et la plume épurée de Denis Péan, le collectif Lo’Jo fêtait aux Francofolies plus de 40 ans de pérégrinations artistiques. Entre le souvenir fondateur de leur premier passage à Stella Matutina en 1991, la redécouverte émerveillée des cirques sauvages et une réflexion profonde sur le « voyage immobile », rencontre avec un artisan des mots et de la beauté.

Une « musique avec le Monde, pour tout le monde »

Fondé en 1982 à Angers par Denis Péan, le collectif Lo’Jo a forgé une identité sonore rétive aux étiquettes. Refusant le terme marchand de « musique du monde », Denis Péan préfère parler d’une « musique avec le monde, pour tout le monde ». Son écriture s’appuie sur un « sabir poétique », une langue universelle et hybride glanée au fil de quatre décennies de voyages aux quatre coins de la planète.

L’ancrage historique : de Stella Matutina à « fils de zamal »

Le lien entre Lo’Jo et La Réunion s’est scellé en 1991 lors d’un concert mémorable dans l’usine désaffectée de Stella Matutina. Marqué par la mémoire du travail sucrier et la découverte du maloya grâce à une cassette achetée sur place, le groupe sort en 1993 l’album culte « Fils de Zamal ». Denis Péan rappelle d’ailleurs que ce titre n’évoquait pas la plante mais une « divinité secrète » célébrant l’émerveillement face à cette terre des antipodes.

L’Émerveillement Renouvelé : Les Cirques et le Trou de Fer

Pour cette nouvelle visite, Denis Péan a eu l’occasion d’explorer les reliefs majestueux des cirques de Cilaos, Mafate, Salazie et la vertigineuse béance du Trou de Fer. Cet immersion géologique a résonné en lui comme une méditation poétique. Tout en constatant que l’île évolue au rythme de la modernité, il y retrouve avec émotion cette pudeur, cette retenue et ce sens du secret qui caractérisent la culture réunionnaise.

La philosophie du voyage immobile et la résistance poétique

Longtemps incarné par leur maison d’accueil près d’Angers baptisée « La fontaine du monde », l’esprit de Lo’Jo repose sur le concept du « voyage immobile ». Pour Denis Péan, « le monde est déjà chez moi, je n’ai pas besoin de sortir ». Son écriture poétique est une révolte douce mais ferme contre les mensonges et les vérités cachées, affirmant que la beauté et la création n’ont pas besoin de la permission des institutions pour exister.

Un collectif porté par la force du féminin

La longévité exceptionnelle du collectif doit énormément à la présence depuis plus de 30 ans de Nadia et Yamina Nid El Mourid. Denis Péan affirme son refus absolu des groupes exclusivement masculins et regrette la lenteur de la déconstruction du patriarcat dans l’industrie musicale, plaidant pour une place naturelle, juste et entière pour les femmes artistes.

Confidences & mots-réflexes de Denis Péan

Thème / QuestionRéponse de Denis Péan
Une vibration hors musique ?La mer, omniprésente et apaisante.
Un instrument emporté de l’île ?Sa précieuse compagne scénique qu’il surnomme « Mademoiselle ».
Écho poétique local / métropole ?Sa rencontre à Marseille avec l’artiste Aurus sur le lien entre le minuscule et l’infini.
Sa posture face au public ?Le droit à la réserve, au recueillement et au silence investi.


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