Awa Ly ouvre les Francofolies de La Réunion sous le signe de l’émotion.

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Article réalisé le 03 09 2026 par Laurence DREAN, journaliste bénévole pour le JOURNAL.RE

Pour ouvrir les Francofolies de La Réunion, Awa Ly nous a offert bien plus qu’un concert. Pendant près d’une heure et demie, l’artiste nous a fait voyager entre la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu, avec sa voix, ses musiciens, sa danse et surtout une énergie communicative. Et lorsque l’émotion l’a submergée sur scène, c’est toute la salle qui a retenu son souffle.

Passionnée par l’Afrique et ses influences, j’avais vraiment envie de découvrir Awa Ly. Et je dois vous avouer que je ne m’attendais pas à vivre un concert aussi particulier.

Alors, chers lecteurs du Journal.re, je suis ravie de pouvoir partager avec vous ce moment que j’ai vécu à Léspas, pour l’ouverture des Francofolies de La Réunion.

Dès son entrée, Awa Ly crée un lien immédiat avec la salle. Pas de distance, pas de mise en scène spectaculaire : elle arrive au milieu du public, au rythme des battements de son tambour, et l’énergie est là, palpable.

Une entrée au milieu du public

Awa Ly ne fait pas une entrée classique. Elle arrive par les escaliers, au milieu du public, vêtue d’un boubou d’un bleu éclatant, au tissu fluide qui accompagne chacun de ses mouvements. Dans ses mains, un tambour, lui aussi bleu, dont elle fait résonner les battements au fur et à mesure qu’elle avance.

Elle arrive ainsi jusqu’à la scène, au plus près des spectateurs.

Je me suis alors demandé : pourquoi le bleu ?

La réponse viendra peu à peu au fil du spectacle.

Dès son arrivée, Awa Ly nous dit combien elle est ravie d’être à La Réunion.

Puis, elle annonce la couleur : parmi les premiers mots qu’elle adresse au public, il y a la « gratitude ». Elle nous explique que ce mot accompagnera le concert, comme un fil conducteur. Et elle tiendra cette promesse : tout au long du spectacle, les « merci » reviendront, mais aussi les mots et les petites phrases qui parlent de reconnaissance, d’amour, de partage et de ce qui nous relie.

Le spectacle s’articule autour des quatre éléments naturels : la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu.

LA TERRE

Pour la Terre, Awa Ly nous invite à réfléchir à notre rapport au monde, à ce que nous choisissons de voir ou parfois de ne pas voir. Elle évoque notamment le déni, l’inconscience.

Elle parlera aussi, plus tard dans le concert, de la politique et de cette perte de confiance d’une population qui ne croit plus vraiment à ceux qui la représentent. Mais ce n’est pas un concert politique. Le propos reste avant tout humain, tourné vers ce qui nous rassemble.

PUIS VIENT L’EAU : Aqua

Et là encore, Awa Ly ne nous demande pas simplement d’écouter. Elle nous fait participer. Nous reprenons le refrain avec elle.

Car sa musique semble avoir une autre ambition : faire du bien.

Il y a quelque chose de presque thérapeutique dans ce qu’elle propose. Elle nous parle de musique, de bien-être, de cette capacité que peuvent avoir les sons, les vibrations et le chant à nous accompagner, voire à nous aider à aller mieux.

Et dans la salle, on le ressent.

Le « Kochi », ou quand l’énergie de la salle se met à tourner

Avant plusieurs chansons, Awa Ly utilise un instrument qu’elle nous présente : le « Koshi »

Elle nous explique son fonctionnement avec une jolie métaphore autour du pain et du moulin. Elle fait tourner l’instrument et nous explique qu’il n’est pas nécessaire de forcer : quelque chose d’autre est à l’œuvre.

L’énergie qui nous entoure.

Et elle se tourne alors vers nous pour nous dire, en substance, que cette énergie est particulièrement puissante dans la salle.

Parce qu’à cet instant, on comprend que pour Awa Ly, le public n’est pas simplement là pour recevoir. Il fait partie du spectacle.

Elle nous invite d’ailleurs à plusieurs reprises à fermer les yeux, notamment lorsque la musique devient plus douce et enveloppante : Quelques instants pour respirer…Pour écouter autrement…Pour être simplement là….

Avec un petit sourire et beaucoup d’humour, elle fait alors référence à nos baleines… et à « la baleine cosmique » : La salle sourit…L’artiste aussi.

Et c’est justement à ce moment-là que je remarque, et j’apprécie autre chose : ses mouvements.

Quelques pas, une gestuelle que je connais.

Étant moi-même professeure de danse africaine et particulièrement sensible aux danses d’Afrique de l’Ouest, je reconnais immédiatement certaines influences qui me parlent.

Awa Ly danse.

Et spontanément, le public se met à frapper dans ses mains.

Elle sourit et lance :

« Ne soyez pas timides ! »

Alors les mains continuent de battre.

Pendant quelques instants, la frontière entre la scène et la salle disparaît complètement. La musique devient mouvement.

Le mouvement devient partage.

Et cette grande robe bleue accompagne chacun de ses gestes, presque comme si elle dansait avec elle.

L’AIR

Après la Terre et l’Eau, vient l’Air.

Une nouvelle invitation à fermer les yeux, à se laisser porter.

Et puis Awa Ly se lance dans un passage en scat, cette technique de jazz vocal qui transforme la voix en véritable instrument, entre improvisation, rythmes et sonorités.

Cette fois, elle ne parle presque pas… Elle chante.

Et elle pleure.

L’émotion monte, chez elle comme dans la salle.

Pendant quelques secondes, l’artiste que nous étions venus voir semble simplement devenir une femme traversée par une émotion immense.

Plus tard, elle expliquera ses larmes. Des larmes de joie, d’émotion.

Et ce moment restera probablement pour moi l’un des plus forts de la soirée. Parce qu’il n’était pas prévu.

Ou plutôt, s’il était prévu, il semblait impossible à jouer. C’était simplement un moment de vérité.

Puis arrive le dernier élément : le Feu.

LE FEU : Le Feu qui alchimise

Mais attention, précise Awa Ly : pas le feu des incendies ou celui qui détruit.

Le feu intérieur.

Celui qui brûle en nous.

Celui qui peut aussi nous transformer.

Elle parle alors de ces relations toxiques qui font malheureusement partie de la vie, du bon et du mauvais qui peuvent se côtoyer.

Et elle parle encore de musique.

De cette musique qui permet d’aller mieux.

Le morceau « Feu » est interprété en français. Deux des trois musiciens viennent alors compléter sa voix avec leurs chœurs : le guitariste, également au clavier, et la contrebassiste.

Cette dernière offre d’ailleurs un très beau moment de dialogue musical avec Awa Ly, dans un véritable jeu de question-réponse entre la voix et la contrebasse.

Sur scène, les quatre éléments semblent finalement se rejoindre : la voix, les instruments, le mouvement et l’énergie du public.

Pour terminer, Awa Ly nous emmène vers « I’M », avec notamment une référence à Martin Luther King et à ce qui, selon elle, compte finalement le plus : l’amour. Elle dit, avec un grand sourire, « Vive les Bisounours ! je suis une bisounours !» Et elle poursuit en expliquant qu’elle assume cette philosophie.

On pourrait sourire de cette déclaration.

Et pourtant, après ce que nous venons de vivre, elle prend tout son sens.

Car derrière les sourires, les chansons, les danses et les petites touches d’humour, Awa Ly défend quelque chose de très simple : l’amour, la paix, la bienveillance, le lien entre les êtres et la possibilité de faire du bien par la musique et la danse.

Et puis le public n’avait manifestement pas envie de la laisser partir. Des mains qui frappent.

Encore. Encore.

Une demande collective pour une dernière chanson.

Awa Ly revient alors sur scène pour clôturer cette soirée.

Comme si, finalement, personne n’avait vraiment envie que ce voyage s’arrête.

Et si le vrai spectacle était cette rencontre ?

J’ai eu la chance de pouvoir échanger après le concert avec Awa Ly ainsi qu’avec deux de ses musiciens. Tous trois m’ont frappée par leur gentillesse, leur disponibilité et leur simplicité.

Et peut-être est-ce aussi cela que je retiendrai de cette soirée.

Awa Ly n’est pas arrivée sur scène comme une artiste distante. Elle est venue à notre rencontre.

Elle est descendue dans le public. Elle nous a fait chanter.

Elle nous a fait fermer les yeux. Elle nous a fait danser.

Elle nous a fait rire.

Et elle a pleuré devant nous.

Et c’est peut-être pour cela que je suis particulièrement heureuse de pouvoir vous raconter cette soirée. Parce qu’il y a des concerts que l’on écoute.

Et puis il y en a certains que l’on ressent.

Celui d’Awa Ly, pour l’ouverture des Francofolies de La Réunion, faisait définitivement partie de ceux-là.

Terre. Eau. Air. Feu. Et au milieu de tout cela : de la musique, de l’énergie, de l’émotion… et beaucoup d’amour.


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