Grand-Mère Kalle : pourquoi cette légende réunionnaise terrifie-t-elle encore ?

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À La Réunion, certaines peurs ne viennent ni des écrans ni des costumes importés. Elles naissent dans la nuit, au détour d’une ravine, dans le souffle du vent ou le cri d’un oiseau. Parmi elles, une figure domine l’imaginaire collectif : Grand-Mère Kalle.

Car oui, il s’agit bien d’une légende propre à La Réunion, transmise de génération en génération par les « zistwar » racontées au clair de lune.

Une légende ancrée dans l’histoire réunionnaise

La figure de Grand-Mère Kalle (Granmèr Kal en créole) puise ses racines dans l’époque esclavagiste. Selon une version populaire, elle aurait été une esclave malgache ou mozambicaine nommée Kala, arrivée dans le Sud de l’île, à Mahavel.

Fidèle à ses maîtres, elle aurait refusé de rejoindre les marrons. Trahie, tuée puis jetée dans le « Trou aux esclaves » à Saint-Gilles-les-Hauts, son esprit se serait transformé en oiseau noir, dont le cri strident annoncerait malheur et catastrophe.

D’autres récits racontent une tout autre histoire :

  • une propriétaire cruelle empoisonnée par ses esclaves révoltés ;
  • une brigande qui détroussait les voyageurs vers la Ravine des Cafres ;
  • ou encore une vieille femme errante devenue esprit vengeur.

Ces versions multiples montrent une chose : Grand-Mère Kalle est le miroir des blessures coloniales, des tensions sociales et des peurs ancestrales liées à l’esclavage, à la domination et à la nature puissante de l’île.

Une peur qui traverse les générations

Contrairement aux monstres importés par la culture populaire américaine, Grand-Mère Kalle appartient au quotidien réunionnais.

À la tombée du jour, vers 18h, certains parents évoquent encore son nom pour rappeler aux enfants qu’il est temps de rentrer. Elle guetterait les marmailles désobéissants pour les emporter dans une ravine.

Son cri — “Tout-tout” ou “Touc-touc” — est souvent associé au pétrel noir et annoncerait un danger imminent : tempête, éruption du Piton de la Fournaise ou autre catastrophe naturelle.

Le poète et conteur Daniel Honoré la qualifiait de « symbole de l’imaginaire réunionnais », bien plus puissant qu’un simple déguisement d’Halloween.

Un jeu traditionnel perdure d’ailleurs dans certaines cours d’école :
« Grand-Mère Kalle, quelle heure i lé ? »
Jusqu’à minuit… moment où elle se mettrait à poursuivre les enfants.

Une légende toujours vivante

Chaque année, des événements culturels comme le Festikal Gran Mèr Kal à Saint-Paul ou Saint-Pierre ravivent la mémoire collective face à la montée d’Halloween, souvent perçue comme commerciale.

La culture populaire s’en empare aussi :

  • la bière “Gran Mèrkal” des Brasseries de Bourbon
  • le spectacle “Kala” de Baba Sifon en 2017

Grand-Mère Kalle devient alors plus qu’une figure effrayante : elle incarne une identité créole féminine, une mémoire historique et une résistance culturelle.

Pourquoi nous fait-elle encore peur ?

Parce que cette légende réunionnaise ne repose pas sur des effets spéciaux. Elle est enracinée dans l’histoire de l’île.

Elle parle d’esclavage.
De trahison.
De nature imprévisible.
De volcans qui grondent.

Elle rappelle que les esprits du passé ne sont jamais totalement silencieux.

Et peut-être est-ce là sa véritable force : Grand-Mère Kalle n’est pas qu’un personnage effrayant. Elle est une mémoire qui marche encore dans nos ravines.


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