Aurus : entre racines, liberté et partage, un artiste qui avance sans se censurer

5 min


0

Par Laurence DREAN, journaliste bénévole pour LeJournal.re

Aux Francofolies de La Réunion, Aurus n’arrive jamais tout à fait seul. Avec lui viennent ses racines, ses influences, ses rencontres, ses expériences et cette envie permanente de créer sans se laisser enfermer dans une case. Bastien Picot, alias Aurus, est un artiste que l’on reconnaît autant à sa voix qu’à son univers visuel. Sa musique, ses tenues, ses clips : tout semble participer à une même volonté, celle de rester libre et de chercher toujours un peu plus loin qui il est. Pour LeJournal.re, nous avons pris le temps d’échanger avec lui autour de son retour à La Réunion, de son projet OMNI, de la nature réunionnaise, du créole, mais aussi de cette autre facette qui lui tient particulièrement à cœur : la transmission.

« La musique primaire »

Pour Aurus, la musique ne commence pas forcément avec un instrument.

Elle est déjà là, tout autour de nous.

Le chant d’un oiseau, le craquement d’une branche, le bruit des feuilles, le mouvement des vagues ou encore celui du gouffre… À La Réunion, la nature offre une véritable palette sonore à qui sait l’écouter.

Et il y a aussi ce son très particulier que l’on reconnaît immédiatement lorsque l’on marche sur les pentes volcaniques par exemple: le bruit des scories sous nos pas.

Aurus enregistre ces sons. Il les collectionne, les écoute et les transforme ensuite pour les intégrer à son univers musical. Il peut également capturer des sons beaucoup plus ordinaires, comme le simple bruit d’un évier qui goutte. Même en voyage, son oreille reste attentive : partout, il cherche ces petits sons qui pourraient devenir matière musicale.

Car pour lui, ces bruits du quotidien et de la nature ne sont pas seulement des sons à transformer.

Ils sont déjà de la musique.

Il parle ainsi de « la musique primaire » : celle que nous entendons tous les jours, partout, parfois sans même nous en rendre compte.

Ensuite seulement vient le travail de l’artiste. Les sons sont retravaillés, « électronisés », pitchés, étirés, transformés… jusqu’à devenir autre chose.

« Pour moi, c’est vraiment un terrain de jeu infini », explique-t-il.

Et lorsqu’on lui demande quel son réunionnais il rêve encore d’enregistrer pour l’intégrer un jour à une chanson, sa réponse est immédiate : l’éruption du volcan.

Des racines réunionnaises et une ouverture sur le monde

Chez Aurus, le créole n’est pas simplement une langue utilisée dans ses chansons. Il représente ses racines, son patrimoine, son histoire.

Mais son rapport aux langues ne s’arrête pas là. Très jeune, Aurus a été attiré par l’anglais. Il ne sait pas vraiment expliquer pourquoi. Peut-être, comme il le suggère lui-même, parce que la musique a été le premier vecteur de cette découverte : les chansons anglophones entendues à la radio, puis sur les cassettes et les CD, ont progressivement nourri cette curiosité.

Cette attirance pour l’anglais s’est ensuite inscrite dans son parcours et dans ses voyages. Aujourd’hui, il aime faire dialoguer cette langue avec le créole réunionnais.

Pour lui, les deux langues ont quelque chose de complémentaire dans les sons et dans la manière d’imaginer les choses. L’anglais représente une forme d’ouverture, tandis que le créole reste profondément lié à ses racines.

Il résume cette nécessité de garder ce lien avec ses origines: « ousa ou sorte » pour mieux connaitre « ousa ousava »

Car même lorsqu’il chante en Afrique du Sud, en Australie ou ailleurs, Aurus emporte avec lui cette double dimension : l’ouverture au monde, sans perdre l’ancrage dans ses racines.

Et finalement, c’est peut-être justement dans ce mélange que se trouve une partie de son identité artistique : savoir d’où l’on vient, tout en restant curieux de ce qui existe ailleurs.

Un orchestre, beaucoup d’émotion

Quelques mois avant les Francofolies, Aurus a vécu une expérience particulièrement forte : voir sa musique prendre une dimension orchestrale avec l’Orchestre de la Région Réunion.

Les arrangements orchestraux ont été réalisés par Matthéo Tcher, tandis qu’Aurus a travaillé sur les arrangements vocaux pour le jeune chœur du conservatoire. Trois concerts ont été donnés, dont le dernier a été capté au Théâtre Plein Air.

Pour l’artiste, cette rencontre avec l’orchestre a été « un cadeau ».

Et l’émotion a été difficile à contenir.

Lors des premières répétitions, il raconte avoir dû lutter pour ne pas fondre en larmes. Un seul jour de répétition avant de se retrouver directement sur scène : il fallait donc rester concentré, malgré « des grosses vagues d’émotion ».

Une expérience qui lui a permis d’entendre autrement ses propres compositions.

Aux Francofolies, il revient cette fois avec d’autres surprises et présente également Prisme, son projet sorti en juin. Il aura aussi le plaisir d’ouvrir la soirée avant de laisser la scène à Yael Naim, une artiste avec laquelle il a déjà travaillé et qu’il est heureux d’accueillir à La Réunion.

« ki sa mi lé ? »

Chez Aurus, la liberté n’est pas simplement une posture artistique. Elle semble être une véritable boussole.

Il compare notre construction personnelle à un oignon : couche après couche, nous accumulons les attentes de la société, de la famille, les « il faut », les « il faudrait », les façons d’être que l’on nous apprend parfois à adopter.

Et puis vient le travail d’une vie : enlever progressivement ces couches pour essayer de retrouver ce qui nous ressemble vraiment.

« ki sa mi lé ? », demande-t-il.

Qui suis-je ? Qu’est-ce que j’ai réellement envie de faire ? Est-ce que ce que je voulais hier correspond encore à ce que je veux aujourd’hui ?

Pour Aurus, être libre, c’est accepter de se remettre régulièrement en question et de ne pas se laisser enfermer par le regard des autres.

Même lorsqu’une tenue surprend. Même lorsqu’une proposition artistique dérange un peu.

Il évoque notamment les artistes qui ont osé des univers très singuliers, comme Freddie Mercury. Ce qui l’inspire chez eux, c’est cette capacité à dire : j’ai envie de faire cela, même si quelqu’un, quelque part, risque de critiquer.

Parce que, finalement, tout le monde aura toujours quelque chose à dire.

Alors autant ne pas s’empêcher de créer.

OMNI, du minuscule à l’infiniment grand

Dans son parcours artistique, OMNI occupe également une place particulière.

Le mot évoque le tout, l’ensemble, mais Aurus va plus loin. Il parle de notre place dans l’univers : nous sommes à la fois minuscules et partie intégrante de quelque chose d’immense.

Une cellule peut contenir tout un univers. Et peut-être que l’univers lui-même n’est qu’une cellule d’un ensemble encore plus grand.

Cette vision rejoint finalement assez bien l’artiste que l’on découvre au fil de l’entretien : un homme qui cherche à relier les choses plutôt qu’à les opposer.

Les langues, les cultures, les influences, les sons, la scène, la transmission…

Tout peut dialoguer.

Transmettre pour mieux comprendre

Car Aurus n’est pas seulement chanteur et musicien. Il est aussi pédagogue.

La transmission est arrivée assez tôt dans son parcours, notamment parce qu’il a lui-même cherché à comprendre sa voix. Après avoir rencontré des difficultés vocales, il a voulu comprendre techniquement comment fonctionnait cet instrument si particulier.

Aujourd’hui, il transmet à son tour, notamment à travers des stages, des workshops, des masterclass et du coaching vocal et scénique.

Et là encore, la notion de partage revient.

Aurus rend hommage aux personnes qui l’ont accompagné et lui ont transmis leurs connaissances, mais aussi quelque chose de plus précieux encore : l’envie de transmettre à son tour.


T’as aimé ? Partage avec tes potes !

0

Quelle est ta réaction ?

OMG OMG
0
OMG
NRV NRV
0
NRV
LOL LOL
0
LOL
COOL COOL
0
COOL
SNIF SNIF
0
SNIF
LD Line

Posteur Junior

0 Comments

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Choose A Format
Article
Format du texte avec médias intégrés
List
Les listicles classiques d’Internet
Video
Intégrations YouTube et Vimeo
Audio
Intégrations SoundCloud ou Mixcloud