Depuis quelques semaines, le mot mpox, nouveau nom de la variole du singe, ne relève plus de l’actualité lointaine pour les habitants de l’océan Indien. Des cas ont été confirmés à Mahajanga, sur la côte ouest de Madagascar, faisant de cette ville portuaire un nouveau foyer régional et ravivant les inquiétudes dans les îles voisines. Dans un contexte de circulation accrue du virus en Afrique, la question se pose désormais clairement : et si le virus arrivait à La Réunion ?
Un virus déjà bien installé dans la région
Le mpox est une maladie virale due à un orthopoxvirus, apparenté à la variole, mais généralement moins grave. Elle provoque d’abord une fièvre, des ganglions, des douleurs musculaires, puis une éruption de boutons qui évoluent en vésicules et en croûtes, parfois très douloureuses.
À Madagascar, les autorités ont confirmé plusieurs cas à Mahajanga, ainsi que des cas suspects, et ont déclenché une réponse d’urgence avec isolement des patients et traçage des contacts, signe que l’épidémie se rapproche concrètement des portes réunionnaises.
Comment se transmet le mpox ?
Le mpox se transmet principalement lors de contacts rapprochés et prolongés : peau à peau, contacts directs avec les lésions ou les croûtes, gouttelettes respiratoires lors de face-à-face prolongés, rapports sexuels, mais aussi via des objets contaminés comme les draps, serviettes ou vêtements. Contrairement à la Covid-19, il ne se diffuse pas facilement par l’air à distance, ce qui limite le risque de contagion massive en population générale si les cas sont rapidement détectés et isolés.
Cela signifie que ce sont surtout les contacts étroits, les réseaux sexuels et certaines situations de promiscuité qui constituent les principaux vecteurs de diffusion, plutôt que les simples contacts du quotidien.
Pourquoi La Réunion est exposée
La Réunion se trouve au cœur d’un réseau de liaisons maritimes et aériennes avec Madagascar, les Comores, Mayotte et l’Hexagone. Les échanges de travailleurs, d’étudiants, de commerçants et de touristes entre Mahajanga, Antananarivo, Moroni, Dzaoudzi et Saint-Denis sont réguliers, créant un pont permanent entre les différents territoires.
Dans ce contexte, l’importation d’un cas de mpox à La Réunion n’est pas une hypothèse de fiction, mais un scénario plausible, déjà observé ailleurs lorsque des voyageurs infectés se déplacent avant l’apparition complète des symptômes. Un seul cas introduit, s’il n’est pas détecté à temps, peut entraîner plusieurs chaînes de transmission dans les cercles proches, notamment familiaux ou sexuels.
La Réunion est‑elle prête à faire face ?
L’île n’est pas démunie face à ce risque. Un dispositif de surveillance et de prise en charge du mpox existe déjà, appuyé sur l’expérience acquise depuis les vagues de Covid-19 et la gestion d’autres épidémies comme la dengue ou le chikungunya. L’Agence régionale de santé (ARS) a défini des procédures : repérage des cas suspects, isolement, confirmation par les laboratoires de référence, protection des soignants et information des personnes contacts.
Une vaccination préventive est également disponible pour certaines personnes à risque et pour les professionnels les plus exposés, dans la continuité de la stratégie française de lutte contre le mpox déjà déployée dans l’Hexagone et les autres territoires ultramarins.
Et si le virus arrivait demain ?
Si un cas importé était détecté à La Réunion, le premier enjeu serait la rapidité : consulter dès les premiers signes inhabituels (fièvre, boutons, ganglions) après un voyage ou un contact à risque, se faire tester et s’isoler le temps du diagnostic. Le deuxième enjeu serait la transparence, avec une communication claire pour éviter la panique, lutter contre la stigmatisation des personnes touchées et rappeler que des outils existent pour casser les chaînes de transmission.
La troisième clé résiderait dans la prévention : informer sur les modes de transmission, encourager les comportements prudents dans les relations rapprochées, et soutenir les campagnes de vaccination ciblée pour les publics les plus vulnérables ou les plus exposés.
Et si la variole du singe mpox arrivait à La Réunion, le risque ne serait donc pas celui d’un effondrement sanitaire incontrôlable, mais celui d’un test grandeur nature de la capacité de l’île à réagir vite, à faire confiance à la science et à jouer collectif pour protéger les plus fragiles.





















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