À La Réunion, une nouvelle étape vient d’être franchie dans la lutte contre l’insécurité routière. La Sécurité routière a annoncé l’activation d’un dispositif permettant désormais aux radars de vérifier automatiquement si un conducteur est assuré… mais uniquement en cas de très grand excès de vitesse. Une évolution technologique présentée comme une avancée, qui suscite pourtant de nombreuses réactions sur l’île.
Comment fonctionne ce nouveau contrôle ?
Concrètement, lorsqu’un automobiliste est flashé à plus de 50 km/h au-dessus de la vitesse autorisée, le radar ne se contente plus d’enregistrer l’infraction.
Il interroge automatiquement le Fichier des Véhicules Assurés (FVA), une base de données nationale recensant les véhicules disposant d’un contrat d’assurance valide.
Si le véhicule n’y apparaît pas, l’infraction ne concerne plus seulement la vitesse : le conducteur est alors également poursuivi pour défaut d’assurance, un délit pénal.
Cette vitesse seuil n’est pas anodine : depuis peu, les excès supérieurs à 50 km/h sont considérés comme des délits, et non plus de simples contraventions.
Une mesure jugée insuffisante par les associations
Sur l’île, la Ligue contre les violences routières accueille la décision avec prudence.
Pour sa secrétaire départementale, Magalie Cesbron, la mesure reste incomplète.
Selon elle, le contrôle aurait dû être systématique dès qu’un véhicule est flashé, et non réservé aux excès les plus graves. Autrement dit : un conducteur roulant à 95 km/h au lieu de 80 pourrait passer entre les mailles du filet… même sans assurance.
Malgré ces réserves, l’association reconnaît un effet positif possible : réduire le nombre d’accidents impliquant des conducteurs non assurés, une situation particulièrement dramatique pour les victimes.
Un vrai problème à La Réunion
Le phénomène est loin d’être marginal.
D’après le comité des assureurs Réunion-Mayotte, environ 1 conducteur sur 10 circulerait sans assurance sur l’île.
Un chiffre préoccupant pour plusieurs raisons :
- les victimes peuvent ne recevoir aucune indemnisation,
- les frais médicaux et matériels restent parfois à leur charge,
- le responsable doit rembourser lui-même les dommages sur ses fonds personnels.
Les forces de l’ordre ont d’ailleurs constaté 65 défauts d’assurance en un seul mois lors de contrôles routiers récents.
Non-assurance et conduite dangereuse
Les autorités observent également un lien entre absence d’assurance et comportements à risques.
Certains conducteurs non assurés roulent aussi sans permis ou sans contrôle technique, multipliant les dangers sur la route.
Selon l’Observatoire national de la sécurité routière, un conducteur non assuré aurait quatre fois plus de risque d’être responsable d’un accident mortel.
Quelles sanctions ?
La sanction est lourde :
- 3 750 € d’amende pour défaut d’assurance,
- jusqu’à 7 500 € en récidive,
- possible suspension ou annulation du permis,
- confiscation du véhicule selon la gravité.
Et cette peine s’ajoute bien sûr à celle du grand excès de vitesse.
Une technologie dissuasive… ou symbolique ?
Pour l’État, l’objectif est clair : responsabiliser les conducteurs les plus dangereux.
Mais sur l’île, le débat est déjà lancé. Certains estiment la mesure utile mais trop limitée, d’autres y voient un premier pas avant un contrôle généralisé automatisé.
Une question demeure :
les radars doivent-ils vérifier l’assurance de tous les conducteurs, ou seulement des plus dangereux ?






















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