Longtemps redouté pour ses poils urticants capables de provoquer de violentes démangeaisons, le Bois d’Ortie cache pourtant une autre facette méconnue : celle d’une plante médicinale ancestrale, utilisée autrefois par les tisaneurs réunionnais pour soigner aussi bien les humains que les animaux. Aujourd’hui menacé de disparition, cet arbuste endémique de La Réunion, Maurice et Rodrigues pourrait pourtant représenter un véritable trésor de biodiversité et de savoirs traditionnels.
Connu scientifiquement sous le nom d’Obetia ficifolia, le Bois d’Ortie appartient à la famille des Urticacées. Présent autrefois dans les savanes sèches et les forêts semi-sèches de l’île, il se fait aujourd’hui de plus en plus rare. Mais derrière sa réputation de plante « qui gratte », se cache une espèce aux multiples usages.
Une plante utilisée dans la médecine traditionnelle réunionnaise
Avant d’être considérée comme une espèce à protéger, le Bois d’Ortie faisait partie du quotidien des anciens. Les tisaneurs réunionnais utilisaient principalement ses feuilles et ses racines en décoction pour soulager certains troubles respiratoires, notamment l’asthme.
La plante était également réputée dans les campagnes pour ses effets bénéfiques sur le bétail. Utilisée comme purgatif naturel, elle aidait aussi à stimuler l’appétit des animaux affaiblis grâce à ses propriétés dites oréxigènes.
Au-delà de ses usages médicinaux, le Bois d’Ortie occupait aussi une place particulière dans les croyances populaires. Certains habitants plantaient cet arbuste près des habitations afin de repousser les influences négatives et protéger le foyer.
Une espèce aujourd’hui en danger critique
Malgré son importance culturelle et écologique, le Bois d’Ortie a connu un déclin spectaculaire ces dernières décennies. La principale menace porte un nom bien connu des Réunionnais : l’Lissachatina fulica, plus communément appelé Achatine.
Cet escargot invasif dévore les jeunes pousses et les feuilles de l’arbuste, empêchant sa régénération naturelle. Résultat : l’espèce est aujourd’hui classée en danger et bénéficie d’une protection stricte.
Le dernier espoir d’un papillon disparu ?
L’importance du Bois d’Ortie dépasse largement le cadre de la phytothérapie. Cette plante joue un rôle essentiel dans la survie d’un papillon endémique rarissime : Salamis augustina augustina.
Le Bois d’Ortie est en effet sa plante-hôte exclusive. Les chenilles de ce papillon ne peuvent se développer que sur cet arbuste. Sans lui, l’espèce ne peut tout simplement pas survivre.
Le problème, c’est que ce papillon n’a plus été observé dans la nature depuis 2005. Beaucoup craignent son extinction définitive. Pourtant, des programmes de restauration écologique menés à La Réunion, notamment dans le secteur de la Grande Chaloupe, entretiennent encore l’espoir de voir un jour ce papillon réapparaître.
Des milliers de plants de Bois d’Ortie ont ainsi été replantés pour recréer progressivement un habitat favorable à son retour.
Un patrimoine naturel à préserver
Aujourd’hui, le Bois d’Ortie ne se récolte presque plus : il se protège. Replanter cette espèce dans les jardins endémiques ou soutenir les projets de restauration écologique représente un geste concret pour préserver une partie du patrimoine réunionnais.
Car protéger le Bois d’Ortie, ce n’est pas seulement sauver une plante médicinale oubliée. C’est aussi préserver une mémoire culturelle, des savoirs traditionnels et peut-être offrir une seconde chance à l’un des papillons les plus rares de La Réunion.
Le saviez-vous ?
Le Bois d’Ortie est une espèce dioïque : il existe des pieds mâles et des pieds femelles distincts. Pour permettre la reproduction et la production de graines, les deux doivent pousser à proximité dans la nature.





















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