Le monde est-il entré dans une nouvelle phase d’instabilité en 2026 ?

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L’année 2026 s’ouvre sur une séquence géopolitique d’une intensité rare. En quelques jours, plusieurs événements majeurs ont fait voler en éclats les repères traditionnels de l’ordre international : intervention militaire unilatérale au Venezuela, frappes meurtrières en Ukraine, démonstrations technologiques nord-coréennes, cyberattaques massives attribuées à la Chine et fractures croissantes au Yémen. Pris isolément, ces faits pourraient relever de crises régionales. Observés ensemble, ils dessinent un basculement plus profond : celui d’un monde entré dans une phase inédite d’instabilité structurelle.

Cette accélération n’est pas totalement imprévisible. Des organisations comme l’International Crisis Group ou le Council on Foreign Relations avaient alerté, dès 2025, sur une montée des confrontations hybrides et asymétriques. Mais le franchissement de certains seuils – capture d’un chef d’État, cyberattaques à l’échelle industrielle, banalisation des missiles hypersoniques – marque une rupture qualitative. L’ordre international apparaît désormais fragmenté, soumis à des logiques de force plus décomplexées et à une érosion progressive des mécanismes de régulation multilatérale.

Une séquence de crises sans précédent

Cinq événements dominent l’actualité mondiale en ce début janvier 2026, avec des niveaux d’urgence variables mais convergents.

Au Venezuela, l’opération américaine Absolute Resolve, lancée le 3 janvier, constitue un précédent majeur. Plus de 150 avions auraient été mobilisés pour des frappes ciblées dans le nord du pays, aboutissant à la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores à Caracas. Transférés à New York, ils doivent comparaître pour des accusations de narcoterrorisme. La Russie et la Chine ont immédiatement dénoncé une action « illégale », tandis que les marchés ont réagi brutalement : envolée de l’or (+2,5 %) et du pétrole Brent (+4 %). Des bilans non indépendants évoquent au moins 80 morts, dont 32 ressortissants cubains. L’urgence est maximale.

En Ukraine, la guerre entre dans une nouvelle phase d’intensification. Une frappe russe sur Kyiv, le 4 janvier, a causé la mort de deux civils – les premiers décès confirmés dans la capitale depuis le début de l’année. Moscou affirme avoir intercepté 57 drones ukrainiens sur une seule journée, portant le total à 437 depuis le 1er janvier et à plus de 1 500 en une semaine. Cette cadence marque une escalade quotidienne, avec des impacts civils de plus en plus directs.

La Corée du Nord, de son côté, a procédé à de nouveaux tests de missiles hypersoniques. Le régime de Kim Jong Un a qualifié ces essais de « jalon nucléaire », tandis que Séoul et Tokyo ont condamné une provocation supplémentaire. Le timing n’est pas anodin : ces démonstrations s’inscrivent dans un contexte de tensions globales accrues, où chaque signal stratégique prend une dimension systémique.

À Taïwan, le Bureau de la sécurité nationale (NSB) rapporte une moyenne de 2,63 millions de cyberattaques chinoises par jour en 2025, visant principalement les secteurs de l’énergie, de la santé et de la finance. Les attaques par déni de service (DDoS) représenteraient 21 %, l’ingénierie sociale 18 %. Pékin dément, mais l’ampleur signalée traduit une guerre de basse intensité permanente dans le cyberespace.

Enfin, au Yémen, les fractures internes s’aggravent. Le gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite accuse le Conseil de transition du Sud (STC), proche des Émirats arabes unis, de bloquer Aden par des checkpoints et des détentions arbitraires. Cette crise affaiblit davantage le front anti-Houthis et fait planer le risque d’affrontements internes, malgré les tentatives de médiation.

Des conflits de plus en plus hybrides

Ces foyers de tension illustrent une évolution majeure : la transformation des conflits armés. En Ukraine, la combinaison de frappes conventionnelles, de drones et de pressions psychologiques quotidiennes brouille la distinction entre front et arrière. À Taïwan, la conflictualité se déploie sans bombes ni chars, mais par des attaques numériques capables de paralyser des infrastructures vitales. En Corée du Nord, la dissuasion ne repose plus seulement sur le nucléaire, mais sur la vitesse et l’imprévisibilité des vecteurs hypersoniques.

Cette hybridation réduit l’efficacité des mécanismes classiques de dissuasion. Elle complique aussi la réponse internationale : comment sanctionner une cyberattaque massive ? Comment dissuader un test technologique sans riposte militaire ? Ces zones grises deviennent des terrains privilégiés pour les puissances qui cherchent à tester les limites sans déclencher de guerre totale.

Une instabilité anticipée, mais sous-estimée

Les signaux d’alerte existaient. Pour 2026, l’International Crisis Group identifiait déjà une dizaine de conflits prioritaires, de l’Ukraine au Sahel en passant par Gaza ou le Soudan. Le CFR anticipait des risques accrus d’escalade entre l’OTAN et la Russie, ainsi qu’autour de Taïwan, dans un contexte de rivalité sino-américaine exacerbée.

Mais l’ampleur et la rapidité des événements actuels suggèrent un basculement plus net. L’intervention américaine au Venezuela marque une audace stratégique inédite depuis des décennies, tandis que la coordination rhétorique de la Chine et de la Russie face à cette opération laisse entrevoir des alignements plus affirmés. À cela s’ajoutent des facteurs aggravants : ralentissement économique mondial, tensions inflationnistes, crises climatiques amplifiant famines et déplacements de population.

Vers un « chaos géré » ?

Faut-il pour autant parler de guerre mondiale ? Probablement pas, du moins à ce stade. Le tableau qui se dessine est celui d’un « chaos géré » : des seuils autrefois impensables sont franchis, mais sans mobilisation totale ni affrontement direct entre grandes puissances. Les crises se multiplient, se superposent et s’influencent, créant un système instable mais encore contenu.

Le risque majeur réside dans l’interconnexion de ces foyers. Une escalade incontrôlée en Ukraine, un incident majeur autour de Taïwan ou un embrasement au Moyen-Orient pourraient agir comme catalyseurs globaux. L’absence de réponses multilatérales fortes, notamment de l’ONU ou d’organisations régionales, accentue cette vulnérabilité.

En ce début d’année 2026, le monde ne bascule pas dans une guerre totale, mais il entre clairement dans une nouvelle phase d’instabilité. Une phase où les règles sont plus floues, les seuils plus bas et les outils de confrontation plus diversifiés. Face à cette fragmentation de l’ordre international, une veille accrue, une lecture globale des crises et un renforcement des mécanismes de régulation apparaissent plus nécessaires que jamais. L’histoire montre que les périodes de transition sont aussi celles où les erreurs de calcul coûtent le plus cher.


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