À La Réunion, s’il y a bien un geste anodin qui peut déclencher un « TÉ ! » alarmé de la part des anciens, c’est celui de saisir un balai une fois le soleil couché. Cette superstition, solidement ancrée dans le patrimoine immatériel créole, dépasse le simple cadre du ménage : c’est une question de destin et de prospérité.
Pourquoi le balai fait-il peur à la nuit tombée ?
Dans l’imaginaire populaire, balayer après le crépuscule n’est pas qu’une corvée ménagère, c’est un acte symbolique chargé de conséquences. Selon la croyance, passer le balai vers l’extérieur de la maison reviendrait à mettre la chance (la « galette ») ou l’argent à la porte.
La symbolique est forte : le balai ne fait pas que ramasser la poussière, il évacue les ondes de la maison. En agissant ainsi la nuit, on risque d’expulser la fortune qui s’est installée durant la journée, laissant alors le champ libre au « malheur » ou à la pauvreté pour s’installer dans le vide ainsi créé.
Le dilemme : La superstition face à la sécurité
Le débat s’anime dès qu’un incident domestique survient. Imaginez la scène : un verre se brise en mille morceaux sur le carrelage à 21h. Que fait-on ?
- L’école de la tradition : Pour les plus fervents gardiens des coutumes, on ne plaisante pas avec le sort. On ramasse le plus gros à la main, on balise la zone, mais on attend le lever du soleil pour le grand nettoyage. « Demain na point le jour ? » diront certains pour justifier la patience.
- L’école du pragmatisme : De l’autre côté, la sécurité prime. Entre le risque de voir la chance s’envoler et celui de finir aux urgences avec une coupure au pied, le choix est vite fait pour les nouvelles générations.
Le saviez-vous ? Certains « astuces » existent pour contourner le sort : si l’on doit absolument balayer, on évite de sortir les poussières du seuil de la porte. On les laisse en tas dans un coin de la pièce jusqu’au matin. Une façon de nettoyer sans « jeter » la chance dehors.
Un héritage qui perdure
Si cette croyance peut faire sourire à l’heure des aspirateurs robots (qui, eux, ne semblent pas effrayer la chance !), elle témoigne d’un respect profond pour les énergies qui régissent le foyer réunionnais. C’est un lien invisible qui nous rattache aux habitudes de nos gramounes, où chaque geste quotidien avait un sens caché.
Alors, la prochaine fois que vous verrez un balai traîner après 18h, réfléchirez-vous à deux fois avant de nettoyer ?





















0 Comments