in

Lettre amicale au divin Jupiter de la Préfecture

« Divin Jupiter de la Préfecture, je suis ravi de vous savoir doté d’un bon salaire, un salaire qui, il est vrai, fait pâlir les vraies élites de notre bonne république : professeur de médecine, chercheur du CNRS, professeur au Collège de France.

Ces brillantes élites gagnent en fin de carrière 6000 euros par mois, et vous, vous gagnez la même somme au beau milieu de votre propre carrière. Dieu le sait : ces vraies élites ont passé de beaux concours lors de dix années d’études et même plus. Et pourquoi cette mirifique dotation financière vous concernant, alors que vous êtes à un échelon bien en-dessous, une célèbre élite à placer à un étage nettement plus bas ?

Je pense ne rien vous apprendre. Les énarques  sont partout dans l’appareil de l’Etat. Bons conseillers, ils préparent décrets, lois, arrêtés… Ils ont fait de leur mieux pour bien servir leurs grands amis : les députés, les sénateurs, les ambassadeurs, les préfets, les sous-préfets, les élus qui, en plus de leur mandat, recueillent parfois la présidence d’une SPL Je vous laisse trouver d’autres amis; ma maigre liste est loin d’être exhaustive.

Seulement, revêtu virtuellement de mon gilet bien bien jaune, je clame haut et fort qu’il y a un légal bien arrangé, comme on trouve le bon rhum arrangé dans les bonnes caves des cocotiers. Ce légal si bien arrangé est illégitime et – osons le dire – profondément immoral.  Oui, ce légal arrangé dérange horriblement le légitime, la loi du simple bon sens. Entre ce légal arrangé et le légitime, il y a comme un abyme … horriblement abyssal. Sans en mesurer toutes les conséquences, avec leur légal bien à eux, les énarques ont mis en place la France d’en Haut et la France d’en Bas; oui, la France est scindée en deux : on y trouve, d’une part, les seigneurs de notre république, d’autre part, la plèbe avec ses gilets jaunes.

L’Ancien Régime fait encore de la résistance sous la Vème République. Et nos valeureux énarques sont sortis d’une prétendue prestigieuse école, l’ENA – l’Ecole Nationale de l’Administration – où l’on a, de toute évidence, comme devise : « Servir l’Etat, c’est bien, se servir soi-même, c’est mieux« . Mais aux yeux des gilets jaunes et donc à mes propres yeux, l’ENA, c’est l’Ecole Nationale de l’Arnaque.

A bien réfléchir, on peut affirmer que nos malicieux énarques sont les vrais responsables de la révolte des gilets jaunes. La France d’en Haut tire, à hue et à dia, de toutes ses forces, la grande couverture à elle; et par voie de conséquence, la plèbe tousse, elle grelotte, elle se meurt. La France d’en Haut se gave, tandis que la plèbe, taillable et corvéable à merci, croule sous les taxes et vit misérablement; elle ne connaît plus la poule au pot hebdomadaire de Henri IV. La France d’en Haut a presque toute la cagnotte de Bercy, la France d’en Bas une toute petite part, une part toute menue, toute chétive. « Liberté, égalité, fraternité », belle devise qui fait rêver et qui se réalisera quand mes colombes auront des dents. Divin Jupiter de la Préfecture, revenons à nos moutons.

J’ose pourtant dire ce qui me vient à l’esprit. Dans ce restaurant prestigieux, on ne sert pas de sardines, non, elles ont trop d’arêtes, mais plutôt un beau homard; les sardines, c’est pour la plèbe, le décapode, c’est de préférence pour ceux de la France d’en Haut, et oui, je le répète, pour les seigneurs de notre misérable république. François de Rugis, grand gourmet, naguère 3ème personnage de l’Etat, peut témoigner et abonder en mon sens.

A l’heure du repas, divin Jupiter, d’une voix théâtrale, celle de Feydeau, vous clamez : « Madame est servie« ; Et madame arrive, frétillante, sautillante, toute guillerette.  Qui paie ? Les gilets jaunes, vos bienfaiteurs. Et vous mettez beaucoup d’ardeur à les combattre, ces vilains gilets jaunes, oublieux que vous êtes de l’horrible serpent de mon bon La Fontaine, qui, Dieu merci, n’a pas connu l’ENA.

Bannissons les privilèges qui perdurent sous la Vème république. Embellissons dame Démocratie, la pauvresse, actuellement toute déguenillée à cause de nos prétendues têtes pensantes. C’est bien vrai et je suis ravi de vous savoir clairvoyant, pour une fois. Et, prenant la balle au bond, j’ajouterai que beaucoup d’élus se promènent avec leurs tickets-restaurant, des frais de représentation, payés là encore par les gilets jaunes, lesquels sont tout heureux de savoir, enfin, qu’ils n’ont rien à payer pour le réveillon de ces élus nantis.

Alors, divin Jupiter, descendez de votre Olympe et venez piétiner le plateau des vaches. C’est là que j’ai imaginé la seconde Révolution qui donnera naissance à la VIème République. Lors de la première, on a écourté d’une tête le roi. La seconde Révolution va consister à rogner les bourses de la France d’en Haut, à supprimer tous les privilèges, à rétablir plus équitablement la manne financière de l’Etat.

Une redistribution des deniers publics qui va permettre de recruter des infirmières, des policiers, et l’on va redorer la situation des Ehpad. Les gilets jaunes vont enfin trouver un emploi décent et n’auront plus à tourner en rond aux ronds-points. Nos pompiers auront des bombardiers d’eau tout neufs pour remplacer ceux qui sentent la ferraille.

L’armée pourra avoir du matériel en meilleur état pour le bonheur du Général de Villiers que Macron a renvoyé lamentablement dans ses foyers. Justement c’est ce Général qui devrait se présenter aux présidentielles prochaines et proposer la constitution de la VI-ème République par référendum populaire. Il va être notre sauveur.

Je vis d’espoir. Divin  Jupiter de la préfecture, divinement vôtre. »

Gérard Jeanneau, ex-gardeur de vaches sous l’occupation allemande.

JP Junior

Contenu posté par Gérard Jeanneau

Notez ce contenu en cliquant sur les pouces

Un commentaire

Ajouter une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Scandale les « Anges » : les candidats concernés exclus du tournage par la production

Carrière de Bois-Blanc : l’autorisation d’exploiter annulée par le tribunal administratif de Saint- Denis