Pendant longtemps, l’expression était utilisée sans véritable réflexion. On prenait un avion pour la « Métropole », on suivait les actualités de la « Métropole » ou l’on disait qu’un proche était parti faire ses études en « Métropole ».
Pourtant, depuis plusieurs années, ce terme fait l’objet d’un débat grandissant, notamment dans les territoires ultramarins. Pour de nombreux acteurs, journalistes, universitaires et institutions, il est désormais préférable de parler de « l’Hexagone » ou de « la France hexagonale ».
Pourquoi ce changement de vocabulaire ? Et que révèle-t-il de notre rapport à l’histoire et à notre identité ?
Un mot hérité de l’histoire coloniale
À l’origine, le mot « métropole » possède un sens politique bien précis.
Il désigne l’État central qui administre des colonies ou des territoires dépendants. Pendant toute la période coloniale française, la France continentale était qualifiée de « métropole », tandis que les colonies étaient considérées comme sa périphérie.
Si ce vocabulaire a longtemps perduré après la départementalisation de La Réunion en 1946, certains estiment aujourd’hui qu’il véhicule encore, même inconsciemment, une représentation héritée de cette époque.
Autrement dit, continuer à employer ce terme peut donner l’impression qu’il existe toujours un « centre » auquel les territoires ultramarins seraient rattachés.
« Hexagone » : une appellation plus géographique
À l’inverse, le terme « Hexagone » repose uniquement sur une réalité géographique.
Il fait référence à la forme approximativement hexagonale de la France continentale européenne, sans établir de hiérarchie entre les différents territoires français.
Employer « Hexagone » permet ainsi de distinguer la partie européenne du territoire national sans sous-entendre une relation de dépendance avec les Outre-mer.
Cette évolution linguistique est d’ailleurs de plus en plus visible dans les médias nationaux, les administrations et les communications officielles, où l’expression « France hexagonale » remplace progressivement « Métropole ».
Une question de représentation
Les mots ne sont jamais totalement neutres.
Pour de nombreux Réunionnais, Martiniquais, Guadeloupéens, Guyanais ou Mahorais, abandonner le terme « Métropole » constitue aussi une manière d’affirmer que les Outre-mer ne sont pas une périphérie, mais des composantes à part entière de la République française.
La France ne se résume pas à son territoire européen. Elle s’étend sur plusieurs océans et plusieurs continents grâce à ses collectivités et départements ultramarins.
Employer un vocabulaire plus précis permet de mieux refléter cette réalité.
Une identité réunionnaise qui s’affirme
À La Réunion, cette réflexion dépasse la simple question des mots.
L’île possède sa propre histoire, sa culture, ses traditions, son économie et son rôle stratégique dans l’océan Indien.
Parler de « l’Hexagone » plutôt que de « la Métropole », c’est aussi reconnaître que La Réunion n’est pas définie uniquement par sa distance avec Paris. Elle est un territoire avec sa propre centralité et ses propres enjeux.
Cette évolution s’inscrit dans une volonté plus large de valoriser les réalités ultramarines tout en conservant leur appartenance à la République.
Une habitude qui évolue progressivement
Le terme « Métropole » reste encore très utilisé dans le langage courant, y compris par de nombreux Réunionnais. Il ne disparaîtra probablement pas du jour au lendemain.
Mais les habitudes évoluent.
Comme d’autres expressions qui ont changé avec le temps, le vocabulaire s’adapte aux nouvelles sensibilités et à une meilleure prise en compte des réalités historiques.
De plus en plus de rédactions, d’organismes publics et de professionnels de l’information choisissent désormais d’utiliser « Hexagone » ou « France hexagonale », considérant ces expressions comme plus précises et plus inclusives.
Conclusion
Choisir de dire « Hexagone » plutôt que « Métropole » n’est pas seulement une question de style rédactionnel. C’est aussi une manière de privilégier une appellation géographique plutôt qu’un terme chargé d’un héritage historique.
Pour Journal.re, utiliser « Hexagone » permet de parler de la France continentale avec davantage de précision et de rappeler que La Réunion n’est pas une périphérie, mais l’un des territoires qui composent pleinement la République française. Les mots évoluent avec les sociétés, et ce débat illustre la façon dont le langage peut accompagner une vision plus équilibrée des territoires.





















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