Entre suppression des emplois aidés, explosion du prix du foncier, saturation urbaine et grands projets structurants, la visite du préfet à L’Étang-Salé a mis en lumière une commune confrontée à de profondes contradictions. Derrière l’image paisible de cette ville du Sud-Ouest réunionnais, les élus alertent sur une pression sociale et territoriale devenue critique.
“Ce n’est pas de gaieté de cœur” : la fin des PEC inquiète
Le sujet a dominé une partie des échanges : la disparition progressive des PEC (Parcours Emploi Compétences), ces contrats aidés largement utilisés par les collectivités locales.
Le préfet reconnaît lui-même les conséquences sociales importantes de cette décision. Pour de nombreuses communes réunionnaises, ces postes permettaient de maintenir des services essentiels tout en offrant une activité à des personnes éloignées de l’emploi.
À L’Étang-Salé, le contexte rend la situation encore plus sensible :
- 31 % de chômage,
- 52 % de la population sous le seuil de pauvreté,
- une population jeune avec 40 % des habitants âgés de moins de 30 ans.
Face aux inquiétudes, l’État annonce un accompagnement spécifique via France Travail :
- numéro dédié pour les anciens PEC,
- rendez-vous prioritaires,
- accompagnement renforcé,
- offres d’emploi ciblées.
Mais sur le terrain, beaucoup craignent une aggravation des difficultés sociales dans les prochains mois.
Une commune coincée entre mer, nature et manque de foncier
Avec seulement 14 % de zones urbaines sur l’ensemble du territoire communal, L’Étang-Salé doit composer avec d’importantes contraintes d’aménagement.
Le reste du territoire se répartit entre :
- 57 % d’espaces naturels,
- 29 % de zones agricoles.
Résultat : les terrains constructibles se raréfient et les prix flambent.
Le maire alerte notamment sur une spéculation immobilière devenue préoccupante. Un exemple cité durant la visite illustre cette tension : certains appartements de 90 à 110 m² atteignent désormais environ 420 000 euros.
La municipalité affirme vouloir éviter une urbanisation excessive et préserver l’identité résidentielle et naturelle de l’Étang-Salé-les-Bains. Des règles d’urbanisme plus strictes ont été mises en place afin de limiter les grands programmes immobiliers et imposer davantage d’espaces verts.
Le dossier sensible de l’équarrissage
Autre sujet majeur : le projet SICABOC/CICABOC de modernisation du site d’équarrissage.
L’installation traite aujourd’hui plus de 10 000 tonnes de sous-produits animaux, mais les nuisances olfactives provoquent régulièrement la colère des riverains et des établissements voisins, notamment du collège situé à proximité.
Le projet prévoit :
- la modernisation des équipements,
- une réduction des odeurs,
- une limitation de l’impact environnemental,
- le maintien de la filière agricole locale.
La commune affirme avoir largement facilité le dossier :
- modification du PLU,
- reclassement des terrains,
- détachement de foncier communal,
- échanges fonciers facilités.
Mais cette opération entraîne une conséquence inattendue : le terrain initialement prévu pour l’extension du cimetière devra finalement être utilisé pour le projet industriel. La commune doit donc désormais rechercher un nouveau site funéraire.
Le préfet, lui, insiste sur la neutralité totale de l’État entre les différents projets concurrents d’équarrissage actuellement à l’étude.
Un “poumon vert” de 9 000 m² en plein centre-ville
Parmi les projets les plus salués figure la création envisagée d’un vaste parc urbain boisé de près de 9 000 m².
L’objectif est multiple :
- lutter contre les îlots de chaleur,
- favoriser l’infiltration des eaux pluviales,
- préserver la biodiversité,
- offrir un nouvel espace de respiration aux habitants.
Le terrain concerné appartiendrait potentiellement à l’État. Le préfet a demandé une saisine officielle afin de clarifier rapidement la situation foncière.
Ce projet s’inscrit dans le programme national “Petites Villes de Demain”, qui vise à revitaliser les centres-villes autour du logement, des mobilités, des espaces publics et du développement économique.
Le futur déménagement du Super U pourrait changer le visage de la ville
C’est probablement le dossier économique le plus stratégique pour la commune.
Le Super U actuel, implanté depuis plus de 40 ans, est jugé trop petit et source de fortes difficultés de circulation et de stationnement dans le centre-ville.
Le maire insiste sur l’enjeu social et économique :
environ 500 familles dépendent directement ou indirectement de cette activité.
Le projet prévoit :
- une délocalisation en entrée de ville,
- une transformation possible en hypermarché,
- jusqu’à 200 emplois directs supplémentaires.
Le site actuel pourrait ensuite faire l’objet d’une vaste opération de renouvellement urbain mêlant logements, commerces et bureaux.
Des régularisations urbaines sous surveillance
Le préfet a également abordé le dossier sensible des “Secteurs Déjà Urbanisés” (SDU).
Environ 40 habitations construites historiquement en zone agricole pourraient être régularisées juridiquement via ce dispositif.
Le représentant de l’État ne s’oppose pas au principe, mais pose une condition claire : renforcer la police de l’urbanisme afin d’éviter de nouvelles constructions illégales.
“Il ne faut plus laisser se reproduire ce type de situation”, a-t-il averti.
Une commune à la croisée des chemins
Entre urgence sociale, pression immobilière, protection de l’environnement et nécessité de développement économique, L’Étang-Salé apparaît aujourd’hui comme un concentré des défis réunionnais.
La visite préfectorale aura surtout mis en évidence une réalité : les communes doivent désormais réussir à construire davantage… sans dénaturer leur territoire, tout en maintenant une cohésion sociale fragilisée par le chômage et la fin progressive des emplois aidés.






















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