Longtemps associé à la marginalité et à l’illégalité, le zamal, cannabis endémique de La Réunion, revient aujourd’hui au cœur du débat public sous un autre jour. Derrière l’herbe controversée se cache une plante médicinale ancestrale, utilisée depuis des siècles et dont les bienfaits sont désormais validés par la science, notamment pour soulager douleurs chroniques, angoisses et certaines pathologies lourdes.
Une plante enracinée dans l’histoire réunionnaise
Introduit à La Réunion au XVIIIᵉ siècle depuis l’Afrique, l’Inde et Madagascar, le zamal s’est rapidement intégré aux pratiques culturelles et thérapeutiques locales. Utilisé lors de rituels spirituels, mais aussi dans la médecine traditionnelle, il entrait dans la composition de décoctions de feuilles destinées à soulager l’asthme, les douleurs abdominales, la fatigue ou encore les états anxieux.
Lors de l’épidémie de chikungunya en 2006, de nombreux Réunionnais ont également eu recours au zamal pour atténuer les douleurs musculaires persistantes, souvent résistantes aux traitements classiques. Particularité notable : les variétés locales, adaptées au sol volcanique et au climat tropical, poussent toute l’année, sans pesticides, faisant du zamal réunionnais une plante singulière dans le paysage français.
Des vertus désormais reconnues par la science
Ce que la tradition savait empiriquement, la science commence à le confirmer. Les variétés de zamal riches en CBD présentent des propriétés anti-inflammatoires, anti-spasmodiques et anxiolytiques, sans effets psychotropes marqués. En France, un décret de 2020 autorise d’ailleurs l’expérimentation du cannabis médical pour traiter certaines pathologies comme :
- les douleurs chroniques résistantes
- l’épilepsie sévère
- les nausées liées aux traitements anticancéreux
- la spasticité liée à la sclérose en plaques
À La Réunion, des structures comme Chanvre Réunion explorent déjà le potentiel thérapeutique et industriel du zamal, notamment dans une perspective de production locale encadrée.
Zamal réunionnais : des usages multiples selon les variétés
| Variété | Bienfaits principaux | Usage traditionnel / moderne |
|---|---|---|
| Zamal endémique réunionnais | Asthme, douleurs, angoisses | Décoctions, soulagement post-chikungunya |
| Variétés riches en CBD | Anti-nausée, anti-douleur, appétit | Soins palliatifs, épilepsie |
| Variétés THC équilibré | Détente, anti-spasmodique | Sclérose en plaques, Parkinson |
Cette diversité ouvre la voie à une approche médicale ciblée, loin de l’usage récréatif.
Un potentiel économique et agricole stratégique
La Réunion est aujourd’hui le seul territoire français à posséder des variétés de cannabis endémiques. Un atout majeur dans un contexte de diversification agricole. Grâce à son climat, l’île pourrait devenir un pôle de production thérapeutique en plein champ, réduisant la dépendance aux importations.
Des acteurs agricoles, soutenus notamment par la FDSEA et Armeflhor, envisagent déjà le zamal comme une alternative post-canne à sucre, génératrice d’emplois verts et de valeur ajoutée locale, dans un cadre strictement légal et médical.
Entre prudence et opportunité de santé publique
Les essais cliniques confirment l’efficacité du zamal thérapeutique sans les risques liés au tabagisme, lorsqu’il est administré sous forme contrôlée (huiles, gélules, sprays). La prudence reste toutefois de mise : comme tout traitement, il peut entraîner des effets secondaires mineurs (bouche sèche, fatigue) s’il est mal dosé.
À La Réunion, la question n’est plus seulement culturelle ou sécuritaire. Elle devient sanitaire, scientifique et économique. La légalisation encadrée du zamal thérapeutique pourrait transformer une plante longtemps diabolisée en outil de santé publique et de développement local.





















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