Une simple audience protocolaire… devenue incident politique régional.
La réception d’Andry Rajoelina, ancien président malgache évincé en octobre 2025, par le roi Mswati III d’Eswatini le 6 février 2026 provoque une vive réaction d’Antananarivo. Le gouvernement de la Refondation y voit une remise en cause directe de la souveraineté de Madagascar et une possible source de tensions dans toute la région d’Afrique australe.
Une visite présentée comme “protocolaire”
L’ancien chef d’État malgache, accompagné de membres de sa famille et de proches collaborateurs, a été accueilli au palais royal de Lozitha.
Du côté eswatinien, la vice-Première ministre Thulisile Dladla affirme que cette rencontre s’inscrit dans le cadre des règles de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) : lorsqu’un dirigeant est écarté du pouvoir de manière contestée, l’organisation doit pouvoir l’entendre afin d’évaluer la situation politique.
Le roi Mswati III aurait exprimé ses préoccupations concernant la crise malgache, évoquant une rupture avec certains principes démocratiques reconnus par l’ONU, l’Union africaine et la SADC.
Colère d’Antananarivo
La réaction du pouvoir malgache a été immédiate.
Dans un communiqué officiel, la présidence de la Refondation dirigée par le colonel Michael Randrianirina dénonce :
- une « atteinte grave à la souveraineté de l’État »
- un « mépris des principes de justice »
Les autorités rappellent qu’Andry Rajoelina n’est plus reconnu comme dirigeant légitime par l’État malgache et considèrent que cette audience risque de raviver les divisions internes alors que le pays tente une phase de stabilisation politique.
Antananarivo a également saisi officiellement la SADC ainsi que le président sud-africain Cyril Ramaphosa, actuellement en charge de l’intérim de l’organisation régionale.
Un contexte régional sensible
L’affaire prend une dimension encore plus délicate car l’Eswatini doit prochainement présider la Troïka de la SADC (politique, défense et sécurité) pour 2026-2027.
Or cette instance joue un rôle central dans la médiation des crises politiques en Afrique australe.
Pour Madagascar, la réception de l’ancien président par un futur médiateur régional pourrait compromettre la neutralité du processus diplomatique.
Des tensions politiques encore vives
Depuis les événements politiques de 2025, le pays reste fragile. Les troubles de l’an dernier ont profondément marqué la société malgache et la priorité officielle affichée par les autorités est désormais la réconciliation nationale et la stabilité institutionnelle.
Mais la démarche diplomatique d’Andry Rajoelina à l’étranger montre que la bataille politique se poursuit désormais sur la scène internationale. L’ancien dirigeant pourrait chercher un soutien régional ou continental, notamment lors du prochain sommet de l’Union africaine prévu les 14-15 février à Addis-Abeba.
Un dossier à suivre
Pour l’instant, aucune rupture diplomatique n’a été annoncée entre Madagascar et l’Eswatini. Toutefois, les observateurs redoutent une escalade verbale — voire diplomatique — si la question devait être portée officiellement devant les instances africaines.
Au-delà du face-à-face entre deux États, l’enjeu est plus large : la capacité des organisations régionales africaines à gérer les transitions politiques sans alimenter les tensions internes.






















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