Dans une vidéo consacrée à la vie chère à La Réunion, le youtubeur LudRun remonte le parcours des produits jusqu’aux rayons. Dépendance aux importations, frais logistiques, marché concentré, production locale insuffisante et marges difficiles à connaître : son enquête décrit une accumulation de causes plutôt qu’un coupable unique.
Un chariot à 212 euros contre 129 euros dans l’Hexagone
Ludéric, le créateur de la chaîne YouTube LudRun, ouvre sa démonstration avec une comparaison concrète. Un chariot de courses lui a coûté 212 euros à La Réunion, contre 129 euros pour les mêmes achats dans l’Hexagone, affirme-t-il. Soit un écart d’environ 60 % sur cette sélection de produits.
Ce cas ne constitue pas à lui seul une moyenne générale. Il illustre cependant une réalité quotidienne largement ressentie par les consommateurs réunionnais. Dans sa vidéo, LudRun rappelle que l’écart moyen des prix alimentaires avec l’Hexagone peut atteindre 37 %, alors que le taux de pauvreté est deux fois plus élevé sur l’île.
La question posée est simple : où passe l’argent entre le lieu de fabrication et le passage en caisse ? La réponse, elle, fait intervenir de nombreux acteurs.
Près de huit produits consommés sur dix viendraient de l’extérieur
La première explication avancée est structurelle. Selon les chiffres cités dans la vidéo, La Réunion importerait 77 % de ce qu’elle consomme, soit près de huit produits sur dix. Environ 500 000 tonnes de marchandises arriveraient ainsi chaque année sur l’île, souvent après un trajet de plus de 9 000 kilomètres depuis l’Hexagone.
LudRun prend l’exemple d’une boîte de sardines. Avant d’atteindre un rayon réunionnais, celle-ci doit être acheminée vers une plateforme logistique, chargée dans un conteneur, transportée par bateau, déchargée au Port, dédouanée, stockée chez un importateur puis distribuée dans les magasins.
Transport, manutention, stockage, assurance, taxes et logistique s’additionnent. Ces « frais d’approche » expliquent une partie de l’écart, mais la vidéo insiste aussi sur le nombre d’intermédiaires et sur la difficulté à reconstituer la marge de chacun.
L’octroi de mer n’expliquerait pas à lui seul l’écart de prix
Souvent présenté comme le principal responsable, l’octroi de mer joue bien un rôle dans le prix des marchandises importées. LudRun rappelle toutefois que son poids varierait selon les produits et les exonérations.
En s’appuyant sur les travaux de l’économiste François Hermet, la vidéo estime que cette taxe représenterait environ 4 à 9 % du prix final. Un montant significatif, mais insuffisant pour expliquer à lui seul un écart moyen de 37 % sur l’alimentaire.
LudRun relève aussi un paradoxe : l’octroi de mer est destiné à protéger la production locale et contribue au financement des collectivités, mais ses recettes dépendent en partie du volume des importations.
Carrefour et Leclerc concentreraient 60 % du marché
L’enquête se penche ensuite sur la grande distribution. Plusieurs enseignes sont visibles à La Réunion, mais le marché resterait fortement concentré. D’après les données présentées, Carrefour détiendrait 37 % des parts de marché et Leclerc 24 %. Ensemble, les deux enseignes représenteraient donc environ 60 % du chiffre d’affaires de la grande distribution sur l’île.
La vidéo distingue notamment le modèle de GBH, qui exploite Carrefour à La Réunion et intervient à plusieurs niveaux de la chaîne : importation, stockage et vente. Cette intégration peut rationaliser la logistique, mais elle rend aussi essentielle la transparence sur la formation des prix.
Pour LudRun, le problème central tient moins à l’existence d’un coût précis qu’à l’impossibilité de savoir clairement quelle part revient à chaque acteur. Cette opacité nourrit les soupçons lorsque les consommateurs constatent des écarts importants sans pouvoir les expliquer.
Produire local ne signifie pas toujours payer moins cher
La production locale apporte une partie de la réponse, mais elle ne suffit pas encore à nourrir toute la population. La vidéo souligne les bons résultats de plusieurs filières : les œufs seraient entièrement produits sur l’île, le porc et la volaille frais proches de l’autonomie, tandis que les légumes frais couvriraient plus de 70 % des besoins et les fruits environ 60 %.
Le bilan change dès que les produits congelés ou transformés sont inclus. La part locale tomberait alors à 46 % pour le porc, 44 % pour la volaille et 13 % pour le lait. En matière d’apport calorique total, la production réunionnaise ne couvrirait que 13 % des besoins, selon les chiffres repris par LudRun.
Le riz résume cette dépendance. Aliment central dans les repas réunionnais, il n’est pratiquement plus cultivé sur l’île : environ 43 000 tonnes seraient importées chaque année, contre une production locale expérimentale de seulement quelques tonnes.
La répartition des terres est également interrogée. Sur quelque 37 500 hectares agricoles, 19 600 seraient consacrés à la canne à sucre, dont l’essentiel de la production est exporté. LudRun ne remet pas en cause le poids économique de cette filière, mais invite à accélérer la diversification et la transformation locale.
La tomate illustre l’opacité de la formation des prix
Même un produit cultivé à La Réunion peut connaître de très fortes variations. La tomate peut passer d’environ 1 euro à 6 ou 7 euros le kilo selon la saison, les aléas climatiques, les ravageurs et le niveau de récolte.
Dans la filière structurée, il faut aussi rémunérer le tri, le stockage, le transport et la mise en rayon. D’après les relevés cités dans la vidéo, la tomate sous serre serait vendue en grande surface de 0,30 euro à plus d’un euro plus cher au kilo que sur les marchés forains, soit jusqu’à 36 % de différence.
Ce cas ramène à la même question : combien coûte réellement chaque étape et quelle marge est appliquée avant l’arrivée en rayon ?
Six pistes plutôt qu’une solution miracle
LudRun identifie plusieurs leviers : limiter la concentration du marché, rendre publiques les marges des intermédiaires, renforcer les moyens des observatoires des prix, développer les filières locales de transformation et diversifier l’agriculture.
La coopération avec les pays voisins de l’océan Indien pourrait aussi réduire certains coûts de transport, sous réserve du respect des normes sanitaires et de qualité. Le Bouclier qualité-prix apporte de son côté une protection sur une sélection de produits, sans traiter l’ensemble des causes structurelles.
Enfin, la vidéo rappelle le rôle de la mobilisation citoyenne et du débat public. Sa conclusion est claire : la vie chère à La Réunion ne provient ni d’une seule taxe ni d’un seul acteur. Elle résulte d’un modèle d’approvisionnement et de distribution dont chaque maillon doit pouvoir être examiné.
La vidéo complète, « La vie chère à La Réunion : où passe notre argent ? », est disponible sur la chaîne YouTube LudRun.
Source : vidéo YouTube de LudRun et transcription fournie à Journal.re. Les données et analyses mentionnées dans cet article sont celles présentées dans la vidéo.






















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