À La Réunion, les forêts semblent parfois immuables. Pourtant, chaque saison sèche rappelle leur fragilité. Lorsque les premières flammes apparaissent dans un massif, le danger ne se limite pas aux arbres qui brûlent : c’est tout un écosystème qui peut être déstabilisé pendant des années.
Le risque est particulièrement surveillé à l’approche de la saison sèche. Le Parc national a lancé début septembre 2026 sa campagne annuelle de prévention des feux de forêts et d’espaces naturels. À partir du 15 septembre, les conditions plus sèches doivent favoriser une augmentation du risque de départs de feu.
Un incendie ne s’arrête pas aux flammes
Lorsqu’un feu traverse une forêt, les conséquences sont immédiatement visibles. Végétation détruite, sols brûlés, arbres fragilisés : le paysage peut changer en quelques heures.
Mais les dégâts écologiques sont plus complexes. Après un incendie, le Parc national réalise un état des lieux de la zone touchée afin d’évaluer les pertes et d’observer la capacité du milieu à se régénérer naturellement. Un plan de restauration peut ensuite être mis en place.
Le problème est que la forêt ne retrouve pas nécessairement son équilibre d’avant.
Après le passage du feu, certaines plantes exotiques envahissantes peuvent profiter de l’espace libéré pour se développer rapidement. Le Parc national considère ces espèces comme l’un des principaux dangers pour les espèces indigènes et endémiques après un incendie.
Le Maïdo, un exemple révélateur
Le massif du Maïdo illustre cette difficulté. Après l’incendie de novembre 2020, les équipes du Parc national ont constaté la prolifération de l’ajonc d’Europe, une plante exotique envahissante qui concurrence la végétation locale.
Depuis fin 2024, un projet pilote de restauration écologique y expérimente différentes méthodes pour favoriser la régénération du milieu. L’objectif est notamment de mieux contrôler l’ajonc d’Europe et de développer des techniques qui pourraient être reproduites sur d’autres secteurs touchés par les incendies.
La restauration peut donc prendre beaucoup plus de temps que la destruction.
Prévenir plutôt que réparer
À La Réunion, la lutte contre les incendies ne repose pas uniquement sur l’intervention des pompiers lorsque les flammes apparaissent.
Des opérations de prévention sont également menées. Fin juillet 2026, le SDIS, le Parc national, l’ONF et le CIRAD ont ainsi réalisé deux opérations de brûlage dirigé sur une parcelle du massif forestier du Piton de l’Eau. Ces opérations permettent notamment de travailler sur la prévention des incendies et la gestion des milieux naturels dans un cadre sécurisé.
La campagne lancée en septembre mobilise également plusieurs acteurs : services de l’État, SDIS, ONF, Parc national, Météo-France, Département, forces de sécurité et collectivités. Des ambassadeurs en service civique participent aussi à la sensibilisation du public aux bons réflexes face aux départs de feu.
Une forêt brûlée est aussi une biodiversité menacée
La forêt réunionnaise possède une particularité essentielle : son fort taux d’endémisme. Les milieux forestiers des hauteurs abritent de nombreuses espèces que l’on ne retrouve pas ailleurs dans le monde.
Lorsqu’un incendie touche ces milieux, il ne détruit donc pas simplement une végétation interchangeable. Il peut affecter des habitats et des espèces particulièrement difficiles à remplacer.
C’est notamment le cas de plusieurs espèces d’oiseaux endémiques. Le Pétrel de Barau, le Pétrel noir de Bourbon ou encore le Tuit-tuit sont confrontés à différentes menaces, parmi lesquelles les prédateurs introduits et la dégradation de leurs habitats.
Le risque concerne tout le monde
Face aux incendies, la prévention reste donc essentielle. Un feu peut partir d’un geste apparemment banal et avoir des conséquences considérables sur un milieu naturel qui mettra des années à se reconstruire.
À l’approche de la saison sèche, la vigilance devient collective. Respecter les interdictions, éviter les comportements à risque et signaler rapidement un départ de feu sont autant de gestes qui peuvent contribuer à protéger les massifs.
Car une forêt ne se résume pas à ce que l’on voit après le passage des flammes. Sous les arbres vivent des espèces, des sols, des graines et des équilibres invisibles.
Et lorsqu’une forêt brûle, ce n’est pas seulement un paysage qui disparaît. C’est une partie du patrimoine vivant de La Réunion qui est mise à l’épreuve.





















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