Mouvement lycéen : 6 500 interpellations, 18 enquêtes IGPN, et 98 gardes à vue à La Réunion
par La Rédaction,

Plus de 6 500 interpellations en quelques jours, dix-huit enquêtes confiées à l'IGPN, 98 mises en garde à vue à La Réunion et une enquête du parquet de Saint-Pierre après l'interpellation d'un adolescent devant le lycée Roland Garros, au Tampon. Alors que le gouvernement assure qu'aucune consigne n'a été donnée contre les lycéens, les chiffres et les images racontent autre chose.
Le Tampon, un adolescent plaqué au sol et une enquête du parquet
C'est une scène devenue l'un des visages du mouvement sur l'île. Devant le lycée Roland Garros, au Tampon, un adolescent est plaqué au sol, face contre terre, maintenu par plusieurs policiers. Les images ont circulé en quelques heures sur les réseaux sociaux. Le parquet de Saint-Pierre a décidé d'ouvrir une enquête sur cette interpellation.
Le chiffre global est lui aussi inédit. Depuis le début du mouvement, 98 personnes ont été mises en garde à vue à La Réunion. Le nombre d'interpellations reste du jamais vu pour un mouvement lycéen.
Des chiffres qui dépassent ceux des gilets jaunes
À l'échelle nationale, les forces de l'ordre ont enregistré plus de 6 500 interpellations en l'espace de quelques jours. Le 1er octobre, 1 949 personnes ont été arrêtées en une seule journée, dont de nombreux mineurs.
Pour mesurer ce que cela représente, il faut revenir au 8 décembre 2018, en plein mouvement des gilets jaunes : 1 723 interpellations avaient été comptabilisées ce jour-là par le ministère de l'Intérieur. Un seul jour de mobilisation lycéenne 2026 fait donc mieux — ou pire, selon le point de vue — que le pic d'un mouvement qui a marqué la décennie.
La réponse policière, elle, est bien documentée. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de dix-huit enquêtes à ce stade, un chiffre annoncé par Laurent Nuñez lui-même. Son ministère a également suspendu l'usage des grenades assourdissantes après qu'un jeune homme a eu la main arrachée.
« Excessif de parler de répression » : la ligne du gouvernement
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a pris la parole le mercredi 7 octobre 2026 pour tenter d'apaiser les tensions. Il a affirmé que les forces de l'ordre n'ont pas pour instruction d'affronter les lycéens.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez est allé plus loin, jugeant « excessif de parler de répression policière ». Il a aussi indiqué qu'il n'avait « pas à présenter des excuses » aux lycéens blessés pendant les manifestations, tout en relevant le caractère « inédit » du mouvement, par le nombre d'établissements et de participants concernés.
Sur le terrain, la scène de Dunkerque — un véhicule des forces de l'ordre qui fonce vers des lycéens et monte sur le trottoir — a de son côté été qualifiée de « fait exceptionnel » par le ministre, quand des élus y ont vu un épisode de plus dans une série déjà longue.
Deux voix, au sommet de l'État, invitent pourtant à la mesure : la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet appelle les policiers « à la retenue et à une plus grande proportionnalité » dans l'usage de la force, et Emmanuel Macron a demandé de « faire preuve d'empathie ».
« On n'a jamais vu ça en France »
Pour Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS spécialisé sur les questions de police, le seuil a été franchi. « On n'a jamais vu ça en France », confirme-t-il, en soulignant qu'une réponse aussi violente intervient alors que la situation est très loin de celle des émeutes de 2005 ou de 2023. « C'est hors norme ce qu'il se passe. »
Du côté des manifestants, sur les pancartes de l'Hexagone comme de La Réunion, revient la même formule : « Trop jeunes pour être écoutés, assez grands pour être gazés ». À Metz, les étudiants et les professeurs de l'Institut régional du travail social (IRTS) ont bloqué les couloirs de leur école, mégaphones et banderoles en main, pour réclamer des moyens pour la santé et le social.
Ce qui se joue aussi pour La Réunion
Le dossier ne se referme pas sur les réseaux sociaux. Après le mouvement, les 98 gardes à vue réunionnaises devront être traitées par la justice, et l'enquête du parquet de Saint-Pierre sur l'interpellation du Tampon constituera un premier point de repère sur la manière dont les interventions de l'île sont examinées.
La Ligue des droits de l'Homme a annoncé de son côté saisir l'ONU, après avoir qualifié la situation de « répression sans précédent d'enfants ». C'est le type de signalement qui peut avoir des suites internationales, et qui pèse aussi dans le débat local sur l'usage de la force et sur les conditions d'accueil des élèves réunionnais.
Les suites dépendront maintenant des enquêtes de l'IGPN et de la justice, mais aussi de la durée du mouvement : les établissements de l'île et les familles attendent de savoir si les cours reprennent normalement et si d'autres scrutins auront lieu.